Pendant qu’Ivan Ljubicic et la DTN se félicitent des étincelles tricolores sur le circuit ATP et WTA, une autre réalité se joue loin des projecteurs : celle des hommes et des femmes qui transmettent la passion du jeu au quotidien. Entre diplômes fédéraux, critères d’entrée drastiques et formations coûteuses, devenir moniteur ou professeur de tennis en club s’apparente souvent à un véritable marathon. Anatomie d’un système à la fois solide et à bout de souffle.
1. Un mille-feuille de diplômes pas toujours lisible
Contrairement à ce que pensent beaucoup d’amateurs, on ne devient pas « prof de tennis » sur un simple coup de raquette ou un bon classement. La Fédération Française de Tennis (FFT) et l’État encadrent très strictement l’enseignement contre rémunération.
Pour s’y retrouver, voici comment s’articule la filière :
Les qualifications bénévoles / d’appoint : Longtemps incarnées par les initiateurs ou assistants moniteurs (AMT), elles permettent à de jeunes passionnés d’aider bénévolement à l’école de tennis. Une bonne école du terrain, mais qui ne permet pas d’en faire son métier.
Le CQP Éducateur de Tennis (CQP ET) : C’est le premier pied dans l’enseignement rémunéré. Il permet d’encadrer des cours collectifs (jusqu’au niveau 40), mais reste bridé : pas de cours individuels et un plafond strict de 360 heures par an. Utile pour un complément de revenu, insuffisant pour en vivre.
Le DEJEPS (mention Tennis) : C’est LE saint-Graal du moniteur. Ce diplôme d’État autorise à tout enseigner : du Pitchoun au compétiteur adulte, en individuel comme en collectif, tout en s’impliquant dans la vie du club.
Le DESJEPS : Le sommet de la pyramide. Il confère le titre de professeur, orienté vers la direction sportive, la formation d’enseignants et l’entraînement vers le haut niveau régional ou national.
2. Le parcours d’un candidat : épreuves, sélection et réalité financière
Pour un jeune joueur qui souhaite faire de sa passion son gagne-pain, la route est parsemée d’embûches, bien avant de mettre le pied en centre de formation.
La barrière du classement et des sélections
Impossible de postuler sans afficher un classement fédéral solide (généralement 15/2 ou 15 au minimum selon les structures). Et avoir le niveau ne suffit pas : tests techniques sur le court, entretiens de motivation et épreuves écrites viennent écrémer les rangs. Les places en CREPS ou en centres de formation agréés FFT sont chères, et chaque année, d’excellents raquettes restent sur la touche.
Le rythme commando de l’alternance
Une fois admis en DEJEPS, le stagiaire entre dans une année marathon. La formation fonctionne en alternance entre le centre et un club d’accueil. Il faut valider pas à pas des Unités Capitalisables (UC). Une seule UC manquée, et c’est toute la certification qui décale de plusieurs mois.
C’est le point noir trop souvent passé sous silence. Même si l’apprentissage, France Travail ou le CPF permettent d’éponger une partie des frais pédagogiques, la réalité matérielle est rude :
Le mur financier
Les gratifications d’alternance restent modestes pour assumer un logement et des déplacements fréquents.
Certains profils jeunes ou issus de milieux modestes renoncent, faute de trésorerie pour tenir l’année. Un gâchis de talents évident.
3. Une pédagogie trop déconnectée du très haut niveau ?
C’est la critique majeure qui monte depuis les clubs et les entraîneurs privés : la formation d’État forme de très bons animateurs de club, mais pas des entraîneurs de haut niveau.
Le contenu du DEJEPS reste très axé sur la pédagogie de masse et la fidélisation du pratiquant loisir. Résultat ? Un diplômé peut sortir de formation sans maîtriser :
La préparation physique intégrée moderne,
L’analyse vidéo avancée,
La préparation mentale structurée,
La méthodologie spécifique du circuit professionnel.
Conséquence directe : Pour former des jeunes loups ambitieux vers le circuit pro, les clubs et structures privées doivent sur-entraîner leurs coachs via des certifications annexes, des stages à l’étranger ou l’école du terrain. Un paradoxe frappant pour une nation qui ambitionne de retrouver le sommet du tennis mondial.
Ce qu’il faut retenir
Devenir professeur de tennis en France garantit une pédagogie de qualité et un cadre sécurisé pour les pratiquants. Mais pour l’enseignant, la voie est exigeante, sélective et financièrement tendue. Surtout, le système devra rapidement rénover ses contenus pour combler l’écart entre le tennis de club et les exigences féroces du circuit international.

